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MOUVEMENT SAINT-SIMONIEN

 

Le mouvement saint-simonien a connu à Lyon l’une de ses implantations provinciales les plus durables et les plus fécondes, d’abord sous forme de missions de propagande (1831), puis comme réseau d’industriels, de banquiers et de réformateurs sociaux actifs jusque sous le Second Empire.

 

Le saint‑simonisme naît après la mort du comte de Saint‑Simon (1760–1825), aristocrate réformateur qui prône une société organisée par et pour l’industrie, la science et le travail, avec une forte dimension morale et quasi‑religieuse.

 

Ses disciples (dont Prosper Enfantin, Bazard, Auguste Comte à ses débuts) se constituent en "école" puis en "église", avec des prédications, des journaux (Le Producteur, puis L’Organisateur), et un projet de transformation sociale : crédit bon marché, instruction, association des producteurs, émancipation des femmes, etc.

- Arlès Dufour phtographié par Nadal -

Mai–juillet 1831 : Lyon est choisie comme terrain d’action parce que c’est la grande ville manufacturière française, au cœur du travail salarié et des tensions sociales (la révolte des canuts éclate en novembre 1831). Une première campagne de conférences saint‑simoniennes y est organisée entre mai et juillet 1831, avec des figures comme Pierre Leroux et Jean Reynaud, dans la logique d’une "exposition de la doctrine" en province après Paris. Cette mission vise à la fois les milieux intellectuels et les classes moyennes, mais aussi les ouvriers et les femmes, dans une ville déjà marquée par le mutuellisme et les prud’hommes. Les saint‑simoniens y trouvent des relais locaux, dont le commissionnaire en soieries Arlès‑Dufour, ami d’Enfantin, qui deviendra un pivot du réseau lyonnais.

 

Après l’interdiction et la dissolution du mouvement en 1832, beaucoup de saint‑simoniens parisiens viennent se réfugier ou s’installer à Lyon, ville industrielle perçue comme un "laboratoire des changements sociaux". En 1833, une petite communauté structurée subsiste : par exemple, Barrault fonde à Lyon, le 22 janvier 1833, les "Compagnons de la Femme" avec 24 membres saint‑simoniens, autour d’un projet spirituel et social centré sur la "Femme‑Messie" et l’Orient. Même si le mouvement n’a plus d’existence officielle après 1833, son influence perdure à Lyon sous une forme "industrialiste" : anciens missionnaires et sympathisants deviennent capitaines d’industrie, banquiers, journalistes, promoteurs de grandes entreprises et d’infrastructures. Les sources lyonnaises soulignent que c’est précisément à Lyon que l’école saint‑simonienne réussit le mieux à s’incarner dans des réalisations concrètes : banques, chemins de fer, écoles professionnelles, etc.

 

Contrairement à d’autres villes où les missions saint‑simoniennes "tournent court", Lyon devient une place centrale dans la constitution et la propagation de la doctrine, puis dans sa traduction pratique. La ville offre un terrain idéal : forte concentration ouvrière, traditions d’organisation (prud’hommes, mutuelles), élites industrielles ouvertes aux idées de progrès et de réconciliation entre capital et travail. C’est pourquoi les historiens distinguent souvent un "moment doctrinal" (1825–1832, avec les prédications à Lyon en 1831) et un "moment industrialiste" (1833–1870), ce dernier étant particulièrement visible à Lyon, où les anciens saint‑simoniens agissent moins en prédicateurs qu’en bâtisseurs d’institutions économiques et sociales.

 

Réalisations et héritage saint‑simonien à Lyon :

 

  • Banque et crédit : le saint‑simonisme lyonnais contribue à la création et à l’expansion d’institutions de crédit modernes, dans la lignée de l’idée d’un « crédit bon marché » au service de l’industrie. Le Crédit lyonnais, par exemple, est souvent cité parmi les entreprises impulsées ou fortement marquées par cet esprit.
  • Chemins de fer et grands travaux : des saint‑simoniens participent activement au développement du réseau ferré (notamment la future Compagnie PLM) et d’autres grandes sociétés (Compagnie générale des Eaux, etc.).
  • Enseignement professionnel : l’influence saint‑simonienne se lit dans la qualité et l’orientation de l’enseignement professionnel à Lyon, cohérent avec leur projet d’éducation utile et tournée vers l’industrie.
  • Mutuellisme et solidarités ouvrières : leur présence et leurs contacts nourrissent le puissant réseau mutuelliste lyonnais, qui sera ensuite un terreau pour le solidarisme de la fin du XIXe siècle.