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LA FILIERE PHARMACEUTIQUE

 

L’histoire de la filière pharmaceutique à Lyon commence au XIXᵉ siècle, à la croisée de la pharmacie, de la chimie des colorants, de la médecine et de l’industrie textile.

 

Elle s’est ensuite structurée autour de grands groupes et laboratoires — Rhône-Poulenc, Mérieux, Aguettant, Boiron, Lipha ou encore Ciba — qui ont donné à Lyon une influence nationale et internationale.

 

Les origines au XIXᵉ siècle


Vers 1830-1850, la pharmacie lyonnaise quitte progressivement le cadre de l’officine. Les pharmaciens commencent à produire à l’avance des extraits végétaux, des alcaloïdes, des teintures et des spécialités pharmaceutiques.

 

- Marcel Mérieux (crédit : Fondation Mérieux) -

Les premières fabriques apparaissent à Lyon vers 1850, d’abord sous la forme de petits ateliers proches des pharmacies.

 

Plusieurs facteurs expliquent cette croissance :

 

  • La présence ancienne de la soierie et de l’industrie textile, qui stimule la chimie des colorants.
  • La culture et le commerce des plantes médicinales.
  • La position géographique de Lyon, au carrefour des échanges entre la vallée du Rhône, la Suisse et l’Italie.
  • Le développement d’établissements de formation scientifique, notamment l’École de la Martinière, l’École supérieure de chimie industrielle et les facultés de sciences et de médecine.

 

La chimie industrielle se développe particulièrement au sud de Lyon, à Saint-Fons. En 1853, les frères Perret y installent des ateliers produisant de l’acide sulfurique et d’autres produits chimiques. Cette implantation est considérée comme l’un des fondements de la future Vallée de la Chimie.

 

De la chimie à la pharmacie industrielle


L’industrie textile lyonnaise favorise la création d’un savoir-faire en chimie organique. Les entreprises qui fabriquent d’abord des colorants se diversifient ensuite vers les médicaments, les parfums, les antiseptiques et les matières premières pharmaceutiques.

 

Un exemple majeur est la Société chimique des usines du Rhône, créée en 1895. Issue d’entreprises spécialisées dans les colorants, elle se lance dans la fabrication de produits pharmaceutiques, dont l’aspirine. En 1902, elle obtient une licence de Bayer et commercialise l’acide acétylsalicylique sous le nom de Rhodine, puis d’"Aspirine du Rhône". En 1928, elle fusionne avec les établissements Poulenc pour former Rhône-Poulenc.

 

La région accueille également :

 

  • Ciba, qui implante une usine de colorants à Saint-Fons puis développe des médicaments à Lyon.
  • Givaudan-Lavirotte, spécialisée dans les extraits de plantes, les matières premières pharmaceutiques et les produits aromatiques.
  • Gattéfossé, devenu un acteur important des excipients, de la formulation et des matières premières pour la pharmacie et la cosmétique.
  • Les laboratoires Lumière, issus de la famille des inventeurs du cinématographe, qui produisent notamment des analgésiques, vaccins et produits biologiques.

 

Les grandes familles lyonnaises


Mérieux : vaccins et biologie


En 1897, Marcel Mérieux, ancien élève de Pasteur, fonde à Lyon l’Institut biologique Mérieux. Il produit dès le début du XXᵉ siècle de la tuberculine et des sérums antitétaniques et antidiphtériques.

En 1917, l’activité de production de sérums conduit l’institut à s’installer à Marcy-l’Étoile. Sous la direction de Charles Mérieux, l’entreprise se développe dans les vaccins, notamment contre la fièvre aphteuse, la poliomyélite, la méningite, la rougeole et la rubéole. Elle devient progressivement un groupe international, avant d’être intégrée à Rhône-Poulenc puis à l’ensemble Pasteur-Mérieux, devenu Sanofi Pasteur.

L’héritage Mérieux se poursuit aujourd’hui avec bioMérieux, spécialisé dans le diagnostic in vitro, et avec l’écosystème lyonnais des sciences de la vie.

 

Aguettant : les médicaments injectables


Les origines d’Aguettant remontent à 1835, lorsque Noël Crolas prépare à Lyon une teinture de colchique. En 1880, l’activité passe à la famille Aguettant et à Bruno Tavernier.

En 1903, Noël Aguettant installe les laboratoires au quai Fulchiron et oriente l’entreprise vers les médicaments injectables, notamment l’adrénaline. Le transfert à Gerland en 1959 marque le passage à une véritable production industrielle. Aguettant développe ensuite des ampoules, des solutions injectables, des solutés de perfusion et des produits pour la dialyse. Le laboratoire installe notamment l’un des premiers stérilisateurs en continu en Europe.

 

Boiron : l’homéopathie


L’homéopathie est introduite en France à Lyon dès les années 1830 par des médecins comme Sébastien des Guidi et Benoît Mure. La filière se structure au XXᵉ siècle autour de pharmacies et de petits laboratoires spécialisés.

En 1967, la fusion de laboratoires homéopathiques lyonnais donne naissance aux Laboratoires Boiron, qui s’installent dans la région lyonnaise. Le groupe devient ensuite le principal acteur mondial de l’homéopathie.

 

L’essor au XXᵉ siècle


Après la Première Guerre mondiale, la pharmacie industrielle lyonnaise se professionnalise. Les entreprises investissent dans :

 

  • Des laboratoires de recherche.
  • Des ateliers de synthèse chimique.
  • Des installations de stérilisation et de conditionnement.
  • La production de comprimés, ampoules, sirops et vaccins.
  • L’exportation vers les marchés étrangers.

 

La Seconde Guerre mondiale accélère aussi la création ou la consolidation de certaines entreprises. En 1942, Air Liquide et la Coopération Pharmaceutique Française créent la LIPHA, ou Lyonnaise Industrielle Pharmaceutique. L’entreprise fabrique des extraits végétaux, des spécialités pharmaceutiques et plusieurs médicaments, dont le Glucophage, avant son intégration au groupe Merck.

 

Les quartiers de Gerland, de la Part-Dieu, de Montchat et de l’est lyonnais deviennent des pôles de production et de recherche. Au sud, Saint-Fons, Pierre-Bénite et Feyzin forment une vaste plateforme chimique fournissant les matières premières nécessaires à la pharmacie.

 

De Rhône-Poulenc à l’écosystème actuel :


À partir des années 1960-1980, le secteur connaît une concentration internationale. Des entreprises familiales ou régionales sont rachetées par de grands groupes :

 

  • Rhône-Poulenc intègre ou absorbe plusieurs activités chimiques et pharmaceutiques.
  • Ciba fusionne avec Geigy.
  • Lipha rejoint Merck.
  • Les activités vaccins de Mérieux évoluent vers Pasteur Mérieux puis Sanofi Pasteur.
  • Boiron et Aguettant poursuivent leur développement international.

 

Depuis les années 2000, Lyon ne repose plus seulement sur la fabrication de médicaments. Le territoire s’oriente également vers la biologie, le diagnostic, les vaccins, la recherche clinique, les biotechnologies et la chimie fine.

 

Le biodistrict de Gerland rassemble aujourd’hui des laboratoires, des entreprises de biotechnologie, des centres de recherche et des établissements hospitalo-universitaires. Parallèlement, la Vallée de la Chimie conserve un rôle important dans la production de molécules, d’intermédiaires chimiques et de spécialités utilisées par l’industrie pharmaceutique. Elle comptait, selon la Métropole de Lyon, 2 500 chercheurs au sein de la plateforme industrielle en 2021.

 

Une identité lyonnaise particulière :

 

C’est la combinaison de la chimie, de la pharmacie, de la médecine et de la recherche qui explique la longévité de Lyon comme capitale française des sciences de la vie. La ville est passée d’une industrie fondée sur les extraits végétaux et les colorants à un écosystème mondial associant médicaments injectables, vaccins, diagnostic, biotechnologies et chimie spécialisée.